Qui était Raoul Follereau

Durant trente années, en avion, par le train, en jeep, en pirogue, voire à dos de chameau, il a parcouru 1.200.000 kilomètres.
Une route qui ferait trente fois le tour du monde.
Son but - un seul but pour toute une vie - était d'aller vers ceux de nos frères humains auxquels il s'est consacré : les lépreux.
Lorsqu'il a fait pour eux son premier «tour du monde», cent mille malades étaient soignés. Plus de trois millions le sont aujourd'hui : c'est une récompense.
Mais douze millions demeurent encore sans secours, sans amour : la « Bataille de la lèpre » n'est pas terminée.
Et il y a d'autres lèpres que la lèpre.
Comment, sur de si longs chemins, ne les aurait-il pas rencontrées ? Et comment, les découvrant, ne pas les dénoncer, ne pas vouloir les secourir ? Il y a d'autres lèpres que la lèpre. Des lèpres qui sont beaucoup plus contagieuses et pour lesquelles la science, vouée aujourd'hui à la destruction, ne peut rien, sauf à en accroître le malheur. Ce sont la famine, les taudis, la misère sous toutes ses formes, éclatantes ou insidieuses...
Le tiers de l'humanité ne mange pas à sa suffisance, 800 millions d'hommes disposent, pour toute leur année, d'un revenu inférieur au salaire du moindre manoeuvre pendant un mois ; 30 millions d'enfants s'endorment chaque soir avec la faim.
Il y a dans le monde 700 millions d'êtres humains qui n'ont jamais vu un médecin, plus d'un milliard d'être humains qui ne savent pas lire.
Or, «Ecoutez-moi bien..., disait-il:
  • Avec le prix d'une torpille, on peut offrir 16.000 journées de vacances aux enfants des taudis.
  • Le prix d'un char d'assaut représente celui de 84 tracteurs agricoles.
  • Un bombardier coûte la valeur de 30 écoles d'une vingtaine de classes.
  • Un porte-avions représente la nourriture de 400.000 hommes pendant un an.
  • La formation et l'équipement d'une division blindée équivaut à la construction de 32.000 maisons de quatre pièces.
  • Si ces chiffres n'ont pas bouleversé les Grands de ce monde, ils n'ont reçu aucun démenti.
  • Répétons-les. Redisons mille et mille fois la même chose. Jusqu'à ce qu'ils entendent, jusqu'à ce qu'ils comprennent, jusqu'à ce qu'ils agissent et, cessant de jouer au ballon avec la lune, s'aperçoivent qu'il y a, sur la terre, des hommes. Il faut crier, crier sans cesse, chaque jour et très fort. Il faut empêcher les responsables de dormir...
  • Sinon...
    Sinon la faim des hommes précipitera la fin du monde. »
Raoul Follereau c'était ainsi:
  • 59 ans de luttes dures et difficiles contre la misère et l'injustice.
  • 32 fois le tour du monde pour débusquer l'égoïsme, la lâeté et la peur et apporter secours, espoir et vie «aux plus douloureuses minorités opprimées de tous les siècles», comme il appelle les lépreux.
  • Des campagnes audacieuses et originales: L'Heure des Pauvres, le Noël du Père de Foucauld, la Journée Mondiale des Lépreux, Un Jour de Guerre pour la Paix.
  • Des milliers de conférences à travers le monde pour bâtir le bonheur des «lépreux de toutes les lèpres.»
  • C'est bien une «Bataille pas comme les autres» qu'il livra, «parce qu'il n'en résulta point de vies fauchées, mais des vies sauvées.» Et ses «soldats» ne reçurent qu'une consigne: aimer.
  • Des lépreux lui ont dit: «Nous étions crucifiés; c'est toi qui a arraché les clous.»
  • Des jeunes lui ont dit: «Vous m'avez fait renaître.» - «Vous avez donné un sens à notre vie.»
Qui était Françoise Brunnschweiler?

Août 1914, c'est le début de la première guerre mondiale. La mobilisation générale est décrétée dans toute l'Europe.

C'est aussi le premier défi de Françoise puisque le 5 de ce mois d'août, elle entre dans le monde pour y mener une guerre qui sera d'une tout autre nature que celle qui ravage le continent. Un combat de tous les instants qui se soldera non par des vies fauchées, mais par une multitude de vies sauvées, de vocations éveillées, de solidarités suscitées. A l'image de l'oeuvre de celui qui guidera plus tard son chemin: Raoul Follereau.
Son premier combat, Françoise le consacre à sa famille. Combat contre la maladie terrible qui frappe sa mère, France Pastorelli, et à laquelle elle vouera tous ses soins pendant trente années.
Parallèlement, elle accomplit de brillantes études - une licence en Sciences sociales, une autre en Sciences politiques - qui sont elles aussi un défi puisque Françoise est à l'époque l'une des cinq seules femmes à fréquenter l'université, qu'elle quitte en 1940. Françoise continue à soigner sa mère, tout en accompagnant son père médecin dans sa vie sociale.
En 1947, la voix de Follereau à la radio - il lance un appel en faveur des lépreux - est pour elle un véritable électrochoc. Elle le confirmera plus tard: «J'en ai ressenti un choc et je me suis dit, dans l'écho intérieur de ce que cet appel apportait, qu'un jour je pourrais bien vouer ce que je suis, ce que je sais, ce que je fais, ce que je vis, ce que je crois... à répercuter ce plaidoyer.»
C'est vingt ans plus tard que la rencontre personnelle avec Raoul Follereau a lieu. Il demande à Françoise de diffuser son message en Suisse. Elle organise alors de nombreuses conférences de Raoul Follereau, coordonne la récolte des signatures pour la campagne «Un jour de guerre pour la paix», exigé de l'ONU par plus de trois millions de jeunes dans le monde.
Le 3 février 1972, Françoise Brunnschweiler fonde l'Association suisse Raoul Follereau qui sera pour elle le grand combat de sa vie. Diffuser le message de Raoul Follereau, lutter pour promouvoir l'éducation sanitaire, tels sont les buts de l'Association. Et sa présidente va y consacrer toute son énergie, elle en fera un combat d'amour à plein temps, la vie de l'Association se confondant avec sa propre vie. C'est aussi pour elle le début d'une longue et fructueuse collaboration avec l'équipe Croix de Camargue du Pasteur Alain Burnand. Plus tard, les chanteurs John Littleton et Noël Colombier lui apporteront également leur soutien.
Trente-cinq années de défis répétés pendant lesquelles, en plus de la diffusion du message de Raoul Follereau, notamment par le Livre d'Amour, des publications et des films, Françoise va orchestrer le soutien à des projets en Asie et en Afrique, des Philippines du Père Tritz au Cameroun du Dr Aujoulat, au Tchad de Soeur Greth, au Burkina Faso, au Bénin et au Rwanda, avec Nouvelle Planète et l'Entraide missionnaire de Bôle, en Inde et au Vietnam. Françoise ne cessera de créer des synergies, de susciter des collaborations, dans le but de toujours plus d'efficacité.
Aux défis de la misère, elle opposera sa ténacité; face à l'inhumanité, elle brandira sans relâche l'étendard de l'amour. Non pas l'amour «bêlant», comme disait Follereau, mais l'amour combat, l'amour radioactif, l'amour en tant que don total de soi-même, sans calcul.
Françoise aimait l'idée que le sens d'une vie découle des étoiles auxquelles on l'accroche. Elle a eu le courage d'aller jusqu'au bout de sa part de lumière avant de rejoindre les étoiles.
La lumière de sa vie éclaire désormais notre route.
Textes d'Alain Gagnebin.